Le soir même, la police sonne au domicile familial, l’interroge sur ce qui est alors qualifié de « crime honteux » et la place finalement en garde à vue pour un simple emballage oublié sur la voie publique. Commence alors pour elle le début d’une longue dégringolade, prise en étau entre tourmente judiciaire et médisance du qu’en-dira-t-on.
Face à l’injustice étourdissante qu’elle subit, la mère engage une réponse organique, venue du plus loin de son être, comme puisée du fond des âges : elle se transforme en ourse. Elle s’ensauvage. Quand plus personne ne l’écoute, que le monde des humains l’enferme toujours un peu plus et l’éloigne des autres, renouer avec une nature profonde et ancestrale est alors son ultime issue. Sa prise de pouvoir sur le cours des choses.
Dans une langue du quotidien tirant progressivement vers le poétique, Penda Diouf construit une fable écoféministe ancrée dans la réalité crasse de notre époque en entremêlant violences policières, racisme et sexisme. Evelyne Castellino malaxe cette matière en alliant vidéo, mouvements chorégraphiques et voix chorales pour composer un conte scénique frisant la dystopie, dans lequel la vidéosurveillance est omniprésente. Entre instinct de survie animal, quête de soi et résistance face à l’oppression, elle propose un récit alternatif affranchi du réel pour répondre aux violences de nos sociétés occidentales modernes et nourrir nos imaginaires de fictions nouvelles.